21.06.2007

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Numéro 1.
Fallait que ça tombe sur moi.
Bien sûr, j’ai toujours voulu être numéro 1.
Petit, quand je me faisais tabasser en maternelle.
Moyen, quand je me faisais tabasser au collège.
Grand, quand je me faisais tabasser tout court.
Etre numéro 1, j’en ai rêvé toute ma vie.
Mais pas ce soir-là.

« Oh ! Numéro 1, tu m’écoutes ? »
La fille de la prod ajuste mon micro, parle dans le sien,
vérifie le retour et le pli faussement négligé de mon col.
« Bon, tu te souviens des répètes ? Tu entres, tu fais ton truc, clap-clap les gens, t’avances sur la croix, le jury, OK, pas OK,
on s’en fout, tu dis merci et tu dégages… »
- …
- T’es sûr que ça va ? T’es tout pâle…
- C’est normal, on a rien mangé depuis midi ! En plus…
- Numéro 2, je t’ai pas demandé ton avis, d’accord ?
Et puis, ça te fera pas de mal, à toi, un petit régime.
Je vais en parler à Betty…
- Excusez-moi, pourquoi vous nous appelez jamais
par nos prénoms ?
- T’es mignonne, Numéro 7. Dix nouveaux par saison, cinq ans que ça dure… tu crois que j’ai que ça à foutre, moi, retenir des prénoms ? Redescendez un peu, les enfants, c’est que le premier soir, là ! Va falloir vous blinder si vous voulez tenir deux mois…
La fille est coupée par un barouf à tout casser. Elle regarde
sa montre en grimaçant.
« Merde, le générique ! Bon, tout le monde en place.
Pensez à ce que je vous ai dit et surtout, surtout, au regard caméra. LE REGARD CAMÉRA, PUTAIN ! »

Je suis en bas des marches, la tête qui bourdonne, les jambes
en coton. Mon cœur bat comme jamais. Je suis vivant comme jamais. Et mort de trac, pourtant.
« Vas-y, Numéro 1 ! Mais vas-y, bordel ! » crie la fille
en me poussant dans l’escalier.
Je commence à monter. J’avance vers ce que sera le reste
de ma vie. A cet instant, je ne pense à rien, à personne.
Je ne fais que sentir la peur. Jamais je n’ai eu peur comme ça.
Ah si, le jour du tout premier casting.

20.06.2007

Pauvre type

L’autre soir, je comatais devant la télé, comme d’habitude.
Restes de pizza trop cuite dans un carton gras, reste de bière tiède au fond d’une canette, restes de moi avachis dans un jean sale et un T-shirt informe.
Là, vous vous dites : « le pauvre type, c’est lui ».
Eh bien non. C’est de l’autre côté de l’écran que ça se passe.
Ce petit mec, haletant et incrédule, qui vient de gagner : le voilà, le pauvre type.
Sincèrement, je le plains de tout mon cœur.
Parce qu’à cette seconde précise, je sais exactement ce qu’il ressent.
Parce qu’à cette seconde précise, je sais exactement comment tout ça va finir.
Malheureusement.
A lui je ne peux rien dire ; de toute façon, il ne me croirait pas.
C’est donc à vous que je vais tout raconter.
Voici les confessions d’une loque humaine, juste bonne à rêver en attendant de crever.
Une ex-nouvelle star.