09.07.2007
Hostel I
On nous colle dans un hôtel sans étoiles, à deux rues du théâtre.
Elus et éliminés, tous logés à la même enseigne, puisqu’il est trop tard pour attraper les derniers trains. Riche idée de la prod pour garantir une ambiance sereine.
Des sandwichs et des boissons nous attendent dans la salle du petit déjeuner. Les plus affamés ont déjà vidé le distributeur à saloperies du rez-de-chaussée.
Pedro arrive, deux paquets de feuilles à la main.
« Voilà vos chansons pour demain. Deux au choix pour les filles, pareil pour les garçons. Vous passerez devant le jury en duo. On va vous répartir en chambre double tout de suite, pour que vous puissiez commencer à bosser. »
Je tends l’oreille en priant pour que ne pas tomber avec le poète maudit. Vanina m’a dit qu’il s’appelait Sirius. Son vrai prénom, en plus. J'ai réussi à ne pas rire.
« Chambre 17 : Mad et Sirius. »
Comment aurait-il pu en être autrement ? J'ai réussi à ne pas pleurer. Après tout, il y a bien pire dans la vie. Les guerres. La famine. Le cancer. Participer à une émission télé débile.
Je jette un œil à la feuille des garçons. On a droit à Mes amis, mes amours, mes emmerdes ou Vieille canaille.
« Je fais Gainsbourg et toi, le grand Schmoll… OK ? »
Sirius me tend sa main avec un demi-sourire. J’accepte de la serrer. On ne sait jamais. Après tout, cet idiot pourrait bien m’être utile.
15:58 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.07.2007
Intermède
Steve descend la rue, épuisé
Le bord de son chapeau rabattu sur son visage
Il n’y a aucun bruit, si ce n’est celui de ses pas
Mitrailleuses prêtes à tirer
Es-tu prêt, es-tu prêt pour ça ?
Es-tu bien accroché à ton siège ?
Derrière la porte les balles claquent
Au son du battement
Encore un qui mord la poussière
Encore un qui mord la poussière
Et encore un qui s’en va, et encore un qui s’en va
Encore un qui mord la poussière
Hey, je t’aurai toi aussi
Encore un qui mord la poussière
Comment crois-tu que je vais m’en tirer
Sans toi, quand tu seras parti ?
Tu m’as pris pour tout ce que j’avais
Puis tu m’as renvoyé à moi-même
Es-tu heureux, es-tu satisfait ?
Combien de temps peux-tu résister à la pression
Derrière la porte les balles claquent
Au son du battement
Encore un qui mord la poussière
Encore un qui mord la poussière
Et encore un qui s’en va, et encore un qui s’en va
Encore un qui mord la poussière
Hey, je t’aurai toi aussi
Encore un qui mord la poussière
Il y a plein de façons de blesser un homme
Et de le mettre à terre
Tu peux le frapper
Tu peux le tromper
Tu peux le maltraiter et l’abandonner
Quand il est au plus mal
Mais je suis prêt, oui je t’attends de pied ferme
Derrière la porte les balles claquent
Et se répètent au son du battement
23:25 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.07.2007
Verdict
Enfin, tout le monde est passé.
On se retrouve au point de départ, entassés dans le hall, à attendre le verdict du jury. J’aurai au moins appris une chose ici. La patience.
Vanina étouffe un baillement. De sa belle voix douce, légèrement cassée, elle a chanté un truc assez envoûtant, que je n’avais jamais entendu.
« T’as fait quoi, devant le jury ? »
- J’envoie valser, de Zazie. Tu connais pas ?
- Non.
- Toi quand tu m’serres très fort, c’est comme un trésor, et ça, ça vaut de l’or… T’aimes bien ?
Si j’aime ? Cette question…
Quelqu’un appelle Vanina à l’autre bout du hall.
« Je reviens. »
Elle s’éloigne avec une grâce infinie. C’est dingue à quel point cette fille éclipse toutes les autres. Et le plus fort, c’est qu’elle ne s’en rend même pas compte.
Chloé et JC ne devraient pas tarder à la repérer. Pour l’instant, ils sont occupés à s’acharner sur les restes de cette pauvre Rosy. Pedro la réconforte comme il peut, pendant qu’un pompier du théâtre nettoie sa blessure.
« Bouhouhou ! My face… It’s terrible, j’ai so mal ! »
Pedro lui prend la main.
« T’en fais pas, ma puce, ça va aller. »
Le pompier s’inquiète.
« Ça saigne beaucoup, quand même… Faudrait l’emmener à l’hôpital, la petite ! »
Rosy panique.
« Oh no ! No, no, no, pas l’hospital ! »
Jess fait un signe discret de la tête à Pedro. Il entraîne Rosy vers la sortie.
« Tout va bien se passer, chérie… »
Quelque chose me dit qu’elle ne reviendra pas.
Apparemment, pas de dommage collatéral chez les autres candidats. La plupart s’accrochent à leur peluche, leur voisin, leur portable. Le mien est resté éteint depuis la veille, je l’allume. Un SMS de Seb, cette nuit à 2 h 43.
« Slt Mad, ça va ou quoi ? Ça spass bien a Panam ? »
Je lui réponds.
« Bof. 1 boulot 2 merd pR la boîte d’intérim. Com d’hab. »
Il réagit au quart de tour.
« Men parl pas ! Cé batar mon envoyé ché Ochan, jai tenu 2 h ! mdr ! sinon tu revi1 kan ? »
Je ne lui mens qu’à moitié, pour une fois.
« Chais pas, jvais voir. Ça dépan du taf. »
Jess réclame alors notre attention.
« Ça y est, le jury a délibéré. Reformez vos lignes, on y va ! »
Et nous revoilà en coulisses, puis à nouveau devant le jury. Personne ne remarque l’absence de Rosy. C’est Paul qui prononce la sentence.
« Tous ceux que je vais appeler, avancez d’un pas. Candidats numéro deux, trois et quatre. »
Vanina, le poète maudit et moi, formons à présent une nouvelle ligne. Nous nous dévisageons, incrédules. Paul inspire bruyamment, s’essuie le front avec son mouchoir de soie, plisse les yeux. Quel suspense haletant. Il est vraiment passé à côté d’une belle carrière de comédien.
« Ceux qui ont avancé… continuent l’aventure. Les autres, merci et au revoir. »
Et merde. Vanina se jette à mon cou. Le poète maudit me jette un regard qui en dit long, genre « attention, je t’ai à l’œil ». T’inquiète, vieux, moi aussi.
18:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


