14.07.2007

Intermède

Réveille-toi

Secoue les rêves de tes cheveux, ma belle enfant, ma douce,

Choisis le jour et choisis le signe de ton jour,

La divinité du jour, première chose que tu vois.

Une vaste plage radieuse sous la lune fraîche parée de bijoux,

Des couples nus courent le long de sa côte tranquille

Et nous rions comme de doux enfants fous,

Béats dans les cerveaux de coton confus de l’enfance.

Musique et voix tout autour de nous.

Choisis, fredonnent les anciens, le temps est revenu.

Choisis maintenant, fredonnent-ils sous la lune près d’un lac antique.

Pénètre à nouveau dans la douce forêt

Pénètre le rêve chaud, viens avec nous

Tout est brisé, et danse.

12.07.2007

La mort dans la peau

« Alors Mad, pas trop stressé d’affronter de nouveau le jury ? »
Chloé. Je l’avais oubliée, tiens. Elle non, malheureusement. Elle me balance toujours les mêmes questions vaseuses, pendant que JC tourne autour de nous, caméra au poing.
« Un peu crevé, mais ça va. »
Eux n’ont pas l’air d’avoir passé une nuit blanche. Au contraire, ils s’agitent comme deux pantins au bout de leurs fils. Tout le monde est réuni dans le hall de l’hôtel, mais c’est à moi qu’ils en veulent. Chloé fait la grimace.
« Pas plus angoissé que ça ? Vraiment ? »
Je vais quand même pas mentir pour arranger cette conne.
« Vraiment. On verra bien. »
Je les plante là et file au théâtre, Sirius sur mes talons.
« Waouh, ils te lâchent plus, dis donc ! Alors, ça fait quel effet d’être une star ? »
- Ta gueule, Sirius.
Il éclate d’un rire franc et stupide.
« Roooh, je déconne… Décompresse, on va tout déchirer ! »
S’il savait comme je m’en fous. Etre ici ou n’importe où ailleurs sur cette foutue terre, c’est du pareil au même pour moi.
Je grimpe les marches du théâtre quatre à quatre. Mister Footing a du mal à suivre.
« Hé, Mad, attends-moi ! C’est pas le moment de s’essouffler, là… »
Je traverse les coulisses dans un état second. Tout à coup, j’ai une pulsion de mort terrible. J’ai envie de tuer. D’étrangler quelqu’un à mains nues. N’importe qui. Et regarder la vie quitter ses traits. Là, maintenant.
Je me tourne brusquement vers Sirius. Il arrive si vite derrière moi qu’on se rentre dedans. Il se met à gueuler.
« Qu’est-ce qui t’arrive, putain ? On nous a pas appelés, le jury est même pas encore là… Hé, tu vas pas péter un plomb maintenant ? Tu me fais pas ça, hein ? »
Je serre les poings. Tout est sombre et désert. Personne d’autre ici que lui et moi. Comme il me serait facile de le supprimer, d’écraser son œsophage entre mes doigts pendant qu’il me supplie de l’épargner. Saloperie de poète maudit. Presque aussi crédible que moi, c’est dire.
« Mais non, t’inquiète. »
Mais non. Non, je ne peux raisonnablement pas priver la chanson française d’un tel talent. D’abord, on chante ensemble. Après, je le bute. On a quand même pas répété toute la nuit pour rien.

11.07.2007

Hostel II

6 heures du mat. J’ai des frissons.
On a chanté toute la nuit. Spectacle inattendu des recalés filant un coup de main à leurs anciens rivaux. La larme à l’œil, mais confiants pour la suite. Tu vas y arriver. Tu vas les bouffer. Tous. C’est sûr. C’est toi, la nouvelle star.
Vanina s’est endormie sur l’épaule de Bambi. Tout à l’heure, elles nous ont fait écouter leur version de Cendrillon. Un peu lisse à mon goût, mais très mignon.
J’arrête pas de bailler. Sirius, lui, est à peine cerné. Il m’énerve, ce mec.
« J’s’rai content quand tu s’ras mort, vieille canaille… »
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Rien, je répète…
J’ai besoin d’une bonne douche. Pour me réchauffer. Remettre mes idées en place. Et peut-être décider, dans un sursaut de lucidité, de me tirer d’ici.
« Bon. Moi, je monte. »
Sirius se lève d’un bond. Il peut tenir combien de temps comme ça ?
« T’as raison, on sera mieux dans la chambre. Plus au calme. »
Et il me suit, ce con. Décidément, rien ne m’est épargné.
On passe à la réception chercher la clé. La proprio, aussi vieille et moche que son hôtel, nous jette un œil torve.
« La 17, c’est ça ? Ah ces jeunes… veulent tous être chanteurs, maintenant ! Un ramassis de fainéants, oui ! Feriez mieux d’aller au turbin, au lieu de rêver aux corneilles ! »
- Merci bien, madame.
J’attrape la clé en lui décochant mon plus beau sourire. Elle se tait. C’est toujours désarmant, la gentillesse.
« Vieille salope aigrie ! Qu’elle crève dans son bouge de merde… » chuchote Sirius en montant l’escalier.
Aussitôt dans la chambre, je me précipite sous la douche. Le jet brûlant me fait du bien. Je reste un bon quart d’heure, tant pis pour Sirius. De toute façon, s’il est vraiment humain, il se sera déjà écroulé sur son lit.
Tu parles. En sortant de la salle de bains, c’est par terre que je le retrouve. En train de faire des pompes, ce malade mental.
« Tu devrais essayer, Mad. C’est excellent pour le souffle ! »
- C’est ça, ouais… t’as pas une clope ?
Moi qui n’ai jamais fumé de ma vie, je serais capable d’en griller une, le ventre vide, là, devant lui. Rien que pour le plaisir de le faire chier. Mais rien ne l’arrête. Une cinquantaine de pompes plus tard, il m’annonce qu’il descend faire un footing. Juste un petit tour du pâté de maisons, hein, pour la forme. Incroyable. Notre poète maudit est un Jean-Claude Van Damme qui s’ignore.
Enfin seul. Je profite de ce répit pour remplir mon journal de bord. Un vieux carnet en cuir noir, écorné, défraîchi, qui me suit partout, depuis toujours. Le seul truc palpable qui me reste de mon père.

09.07.2007

Hostel I

On nous colle dans un hôtel sans étoiles, à deux rues du théâtre.
Elus et éliminés, tous logés à la même enseigne, puisqu’il est trop tard pour attraper les derniers trains. Riche idée de la prod pour garantir une ambiance sereine.
Des sandwichs et des boissons nous attendent dans la salle du petit déjeuner. Les plus affamés ont déjà vidé le distributeur à saloperies du rez-de-chaussée.
Pedro arrive, deux paquets de feuilles à la main.
« Voilà vos chansons pour demain. Deux au choix pour les filles, pareil pour les garçons. Vous passerez devant le jury en duo. On va vous répartir en chambre double tout de suite, pour que vous puissiez commencer à bosser. »
Je tends l’oreille en priant pour que ne pas tomber avec le poète maudit. Vanina m’a dit qu’il s’appelait Sirius. Son vrai prénom, en plus. J'ai réussi à ne pas rire.
« Chambre 17 : Mad et Sirius. »
Comment aurait-il pu en être autrement ? J'ai réussi à ne pas pleurer. Après tout, il y a bien pire dans la vie. Les guerres. La famine. Le cancer. Participer à une émission télé débile.
Je jette un œil à la feuille des garçons. On a droit à Mes amis, mes amours, mes emmerdes ou Vieille canaille.
« Je fais Gainsbourg et toi, le grand Schmoll… OK ? »
Sirius me tend sa main avec un demi-sourire. J’accepte de la serrer. On ne sait jamais. Après tout, cet idiot pourrait bien m’être utile.

06.07.2007

Intermède

 

Steve descend la rue, épuisé

Le bord de son chapeau rabattu sur son visage

Il n’y a aucun bruit, si ce n’est celui de ses pas

Mitrailleuses prêtes à tirer

Es-tu prêt, es-tu prêt pour ça ?

Es-tu bien accroché à ton siège ?

Derrière la porte les balles claquent

Au son du battement

 

Encore un qui mord la poussière

Encore un qui mord la poussière

Et encore un qui s’en va, et encore un qui s’en va

Encore un qui mord la poussière

Hey, je t’aurai toi aussi

Encore un qui mord la poussière

 

Comment crois-tu que je vais m’en tirer

Sans toi, quand tu seras parti ?

Tu m’as pris pour tout ce que j’avais

Puis tu m’as renvoyé à moi-même

Es-tu heureux, es-tu satisfait ?

Combien de temps peux-tu résister à la pression

Derrière la porte les balles claquent

Au son du battement

 

Encore un qui mord la poussière

Encore un qui mord la poussière

Et encore un qui s’en va, et encore un qui s’en va

Encore un qui mord la poussière

Hey, je t’aurai toi aussi

Encore un qui mord la poussière

 

Il y a plein de façons de blesser un homme

Et de le mettre à terre

Tu peux le frapper

Tu peux le tromper

Tu peux le maltraiter et l’abandonner

Quand il est au plus mal

Mais je suis prêt, oui je t’attends de pied ferme

Derrière la porte les balles claquent

Et se répètent au son du battement

05.07.2007

Verdict

Enfin, tout le monde est passé.
On se retrouve au point de départ, entassés dans le hall, à attendre le verdict du jury. J’aurai au moins appris une chose ici. La patience.
Vanina étouffe un baillement. De sa belle voix douce, légèrement cassée, elle a chanté un truc assez envoûtant, que je n’avais jamais entendu.
« T’as fait quoi, devant le jury ? »
- J’envoie valser, de Zazie. Tu connais pas ?
- Non.
- Toi quand tu m’serres très fort, c’est comme un trésor, et ça, ça vaut de l’or… T’aimes bien ?
Si j’aime ? Cette question…
Quelqu’un appelle Vanina à l’autre bout du hall.
« Je reviens. »
Elle s’éloigne avec une grâce infinie. C’est dingue à quel point cette fille éclipse toutes les autres. Et le plus fort, c’est qu’elle ne s’en rend même pas compte.
Chloé et JC ne devraient pas tarder à la repérer. Pour l’instant, ils sont occupés à s’acharner sur les restes de cette pauvre Rosy. Pedro la réconforte comme il peut, pendant qu’un pompier du théâtre nettoie sa blessure.
« Bouhouhou ! My face… It’s terrible, j’ai so mal ! »
Pedro lui prend la main.
« T’en fais pas, ma puce, ça va aller. »
Le pompier s’inquiète.
« Ça saigne beaucoup, quand même… Faudrait l’emmener à l’hôpital, la petite ! »
Rosy panique.
« Oh no ! No, no, no, pas l’hospital ! »
Jess fait un signe discret de la tête à Pedro. Il entraîne Rosy vers la sortie.
« Tout va bien se passer, chérie… »
Quelque chose me dit qu’elle ne reviendra pas.
Apparemment, pas de dommage collatéral chez les autres candidats. La plupart s’accrochent à leur peluche, leur voisin, leur portable. Le mien est resté éteint depuis la veille, je l’allume. Un SMS de Seb, cette nuit à 2 h 43.
« Slt Mad, ça va ou quoi ? Ça spass bien a Panam ? »
Je lui réponds.
« Bof. 1 boulot 2 merd pR la boîte d’intérim. Com d’hab. »
Il réagit au quart de tour.
« Men parl pas ! Cé batar mon envoyé ché Ochan, jai tenu 2 h ! mdr ! sinon tu revi1 kan ? »
Je ne lui mens qu’à moitié, pour une fois.
« Chais pas, jvais voir. Ça dépan du taf. »
Jess réclame alors notre attention.
« Ça y est, le jury a délibéré. Reformez vos lignes, on y va ! »
Et nous revoilà en coulisses, puis à nouveau devant le jury. Personne ne remarque l’absence de Rosy. C’est Paul qui prononce la sentence.
« Tous ceux que je vais appeler, avancez d’un pas. Candidats numéro deux, trois et quatre. »
Vanina, le poète maudit et moi, formons à présent une nouvelle ligne. Nous nous dévisageons, incrédules. Paul inspire bruyamment, s’essuie le front avec son mouchoir de soie, plisse les yeux. Quel suspense haletant. Il est vraiment passé à côté d’une belle carrière de comédien.
« Ceux qui ont avancé… continuent l’aventure. Les autres, merci et au revoir. »
Et merde. Vanina se jette à mon cou. Le poète maudit me jette un regard qui en dit long, genre « attention, je t’ai à l’œil ». T’inquiète, vieux, moi aussi.

04.07.2007

Première interview

« Pas mal vu. »
Le poète maudit me cueille à notre descente de scène. Je ne feins pas la surprise.
« Pardon ? »
- Ton petit numéro, là, devant le jury, c’était pas mal vu. Seulement, ça prend pas avec moi.
Je le regarde, médusé.
« Je sais pas trop à quoi tu joues, mais je te sens pas. Je voulais juste que tu le saches. »
Et il s’éloigne comme si de rien n’était. Je n’ai pas tout compris. En tout cas, ça va vite être pénible s’ils nous gardent tous les deux.
Je m’apprête à sortir du théâtre. Jess me rattrape.
« Hé, oh ! Tu vas où, comme ça ? »
- Prendre l’air, deux secondes.
- Attends un peu, on a besoin de toi, euh… c’est quoi déjà, ton prénom ?
- Mad.
- Ah oui, c’est ça, Mad. MAD. Ça y est, c’est bon, j’ai imprimé. J’oublierai plus, promis ! De toute façon, même si je voulais, je pourrais pas, après ce que tu viens de faire… J’ai jamais vu Stan dans un état pareil, c’était impressionnant !
- …
- Si, si, je le pense. Vraiment. Dis-moi, Mad, ce serait bien si tu pouvais répondre à quelques questions, là, tout de suite. Il y en a pas pour très longtemps, OK ? Merci, c’est sympa…
J’ai à peine le temps de respirer qu’elle braille déjà dans son micro-casque.
« Chloé ? C’est Jess. Pointe-toi fissa avec JC, on a besoin d’une interview de Mad… Mad, celui qui a fait chialer Stan… oui, voilà, celui-là… on est dans le hall, bougez-vous ! »
Elle baisse son micro et me dévisage, l’œil soudain perçant.
« Au fait, “Mad”… c’est pas un prénom hébraïque, par hasard ? »
- Si, c’est ça.
- Je me disais, aussi… ah non mais j’aime beaucoup, hein, je trouve ça hyper original ! Vraiment.
Donc, elle, chaque fois qu’elle est pas sincère, elle finit ses phrases par « vraiment ». Bon à savoir.
La reporter du précasting nous rejoint, essoufflée, toujours flanquée d’un caméraman.
« Ouf ! Désolée, on était en coulisses, en train de shooter la ligne suivante. Une fille en pleine crise d’épilepsie, c’est énorme ! On a des images démentes… »
Jess la coupe d’un revers de la main.
« Chloé, JC, je vous présente Mad. »
La reporter émet un petit ricanement.
- Ah ! c’est toi, le tombeur de Stan… Bravo, belle performance !
Jess nous abandonne.
« J’y retourne, ils ont besoin de moi au casting. »
- Pas de problème, on se débrouille !
Sourire mielleux de Chloé. Sourire fielleux de JC.
« Bon, OK, on va faire quelques plans dehors, genre le réconfort après l’effort, la petite pause clope, quoi… tu fumes, Mad ? »
- Non.
Chloé a l’air déçue.
« Ah… euh, c’est pas grave, on va dire que c’est la pause café, alors ! »
- J’aime pas le café.
- Ben je sais pas, moi, la pause « n’importe quoi », un truc que t’aimes bien boire… T’es bien obligé de boire pour vivre, non, rassure-moi ?
- Disons plutôt que je vis pour boire…
JC pouffe derrière sa caméra. Chloé fonce vers le distributeur de boissons, je choisis un Schweppes, histoire de la calmer. On sort du théâtre, je décapsule la canette et m’adosse négligemment au mur. Chloé exulte.
« C’est bon ça, j’adore la posture ! Tu fixes, hein, JC ? »
- Sûr…
Chloé s’éclaircit la voix, tout son corps se raidit.
« Mad, le jury est encore sous le choc de ta prestation. Alors, quel effet ça te fait d’avoir fait pleurer Stan ? »
Très concentrée, elle me tend son micro. Elle devait se rêver grand reporter pour le JT quand elle était gamine. La pauvre.
« Je m’y attendais pas du tout. C’était très émouvant. »
J’étais prêt à raconter n’importe quoi pour qu’elle me lâche. Malheureusement, tout ça ne faisait que commencer.

03.07.2007

Du sang et des larmes

Comme prévu, Rosy s’est vautrée. Et vraiment.
Un de ses talons aiguilles est resté planté dans une latte de parquet. Elle s’étale de tout son long sur la scène. Ça n’émeut guère le jury. Surtout pas Bertille.
« Allez, on se relève sans pleurnicher, mademoiselle. The show must go on ! »
Rosy entonne tant bien que mal le refrain de I’m so excited.
Mais la bouche en sang et un morceau de dent en moins, le cœur n’y est pas. Paul abrège son calvaire.
« OK, merci. Rentrez dans le rang. Suivant. »
Abdelkrim s’avance à son tour. Il marche dans la tache de sang laissée par Rosy. Du pied droit, dommage.
« M’sieurs-dame, bonjour ! Tout d’abord, je voulais vous dire merci, hein ! Franchement, ça fait trop plaisir d’être là… »
Jeff ricane. Bertille soupire. Stan ronfle. Paul s’accroche.
« C’est super, jeune homme ! Eh bien, chantez, maintenant… »
Abdelkrim s’agite fébrilement.
« OK, OK, pas de problème ! Euh, je vais vous faire La Bohème, ça ira ? »
- Parfait ! Tout ce que vous voudrez… c’est parti.
Abdelkrim inspire profondément, ferme les yeux, place sa main sur son oreille droite et se lance.
« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaîaîaîaîaîaîaî-treuh… »
Imaginez la plus belle chanson d’Aznavour sabordée par Enrico Macias. Le jury lui-même n’en croit pas ses pauvres oreilles.
« Euh, merci. C’était très… original. »
Abdelkrim a l’air content de lui. C’est déjà ça. Paul regarde sa montre.
« Allez, la suite ! Faut que ça tourne, là… »
Je sors du rang. Alors seulement, je décide de changer mon fusil d’épaule.
« Très bien. On vous écoute. »
J’attaque en voix de tête. Je me délecte.
« Je suis toutes les femmes
J’aime les paillettes, les strass, les télégrammes
Les soirées de première, puis la une et la der aussi
Et ma vie de star finit dans le noir
Quand les lumières s’éteignent
Et le silence règne dans la nuit
Je suis toutes les femmes
Je vis vos joies et vos mélodrames
Je suis sentimentale et parfois femme fatale aussi
Que l’on me condamne si mon cœur s'enflamme
Devant les projecteurs qui me visent en plein cœur
chaque nuit… »
- Stooop !
Un cri m’arrête. Le visage mouillé de larmes, Stan s’est levé.
Il applaudit en sanglotant.
« Magnifique, c’est magnifique ! »
Paul veut mettre un bémol.
« N’exagérons rien, quand même… »
Stan l’ignore. Il ne voit que moi.
« Je le reconnais maintenant, il nous avait déjà fait un truc terrible à Lille, j’avais adoré… Mais ça, du Dalida, c’est over tout, quoi ! Jamais on l’a revisitée comme ça, en plus... waouh, c’est magique ! »
Jeff joue nerveusement avec son stylo.
« Il a vraiment besoin de repos... »
Bertille tire Stan par la manche, l’oblige à se rasseoir, lui tend une boîte de mouchoirs.
« Bon, on termine cette ligne, puis on fait une petite pause histoire que tu reprennes tes esprits, d’accord ?
En regagnant ma place, je croise le regard de Vanina. L’espace d’un instant, il m’a semblé voir ses yeux briller.

02.07.2007

Ligne de mire

La première étape est simple.
On nous fait passer par grappes de dix, alignés au centre d’une scène, face au jury.
Le nez dans un classeur épais comme un millefeuille, Jess chuchote ses consignes à Pedro.
« Bon, on va former un premier groupe avec que des fortes têtes. Rosy, bien sûr, puis le petit Marseillais, tu sais, celui des quartiers Nord… oui, voilà, Abdelkrim, si tu le dis. Ensuite, tu me mets de la fraîche, la petite Belge, là, comment c’est déjà… ah oui, Vanina. Alors elle, tu me la colles entre ces deux-là, ça rendra bien à l’image… »
Ces deux-là, c’est un grand Parisien, toujours tout en noir, le profil-type du poète maudit, et moi.
On se range sagement, les uns derrière les autres, dans l’ordre indiqué par Pedro. Il nous fait signe d’avancer jusqu’à la porte battante tendue de velours rouge. Le tout, sous l’œil d’une caméra qui suit nos moindres faits et gestes.
« C’est bon, vous pouvez y aller. »
L’ouragan Rosy ne se le fait pas dire deux fois. Elle manque d’arracher la porte tellement elle est pressée d’en finir.
Dans son sillage, j’effleure le bras de Vanina.
« Ça va ? »
Elle sourit timidement.
« Oui, je crois. »
On arrive directement dans les coulisses. La scène est plongée dans une demi-obscurité. Des éclats de voix nous parviennent de la salle. On attend là sans rien faire, un peu pétrifiés. La caméra est toujours là, mais on ne la voit plus.
Rosy a du mal à se contenir.
« I’m so excited, and I just can’t hide it, I’m about to loose control and I think I like it… »
Le poète maudit a du mal à se concentrer.
« Tu peux baisser d’un ton, s’il te plaît ? »
Rosy s’emporte.
« What ? A “thon”, that’s what you called me ? No mais j’halloucine, là ! »
Abdelkrim s’interpose.
« S’teuh plaît, arrêtez de vous mettre la pression, OK ? »
Quelqu’un derrière moi, dans le noir, approuve.
« Il a raison. Vous trouvez pas qu’on se stresse déjà assez comme ça pour pas s’en rajouter encore plus entre nous-mêmes ! »
On rit à plusieurs de cette remarque pleine de bon sens. L’atmosphère se détend.
« Quelqu’un veut une pastille miel-citron ? »
- Oh oui, moi !
- T’es dingue ou quoi ? On va chanter, là…
- Justement, ça adoucit la voix, c’est un truc de pro… faut que tu t’y mettes, un peu !
- Et on en fait quoi, sur scène ? On la crache ?
- Ben non, tu l’avales !
- Ou tu l’enveloppes dans un mouchoir, pour pas gâcher. Attends, je dois en avoir sur moi…
C’est alors que la voix de Jess s’élève depuis la salle.
« Ligne numéro 1, en scène ! »
Fini de rigoler. On s’exécute comme de bons petits soldats.
On se place comme Pedro nous l’a demandé, un mètre entre chaque candidat. Puis la lumière fuse, chaude et aveuglante. Le temps que nos yeux s’habituent aux projecteurs et on aperçoit enfin le jury, installé à hauteur du regard au milieu de la salle.
« Premier candidat, un pas en avant, s’il vous plaît ! »

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