28.06.2007
Paris
Les trois taxis s’arrêtent sur le boulevard, devant un bel immeuble XVIIIe. Un caméraman fonce vers le nôtre, la reporter du précasting ouvre la portière coulissante.
« La petite brune, là, tu sors la première, vite, vite ! » chuchote-t-elle à ma voisine de droite. Ils nous ont déjà filmés à Lille-Flandres, dans le TGV, à l’arrivée Gare du Nord. Ils pourraient nous lâcher un peu, non ? Non. La reporter revient à la charge.
« A toi, Rosy. Tu nous la joues comme d’hab, hein ? »
La grande métisse s’exécute avec jubilation, descend de voiture comme d’un carrosse, ajuste ses lunettes de soleil géantes, envoie des baisers de sa bouche pulpeuse, en fait des tonnes.
Ah ! Rosy. Star jusqu’au bout des faux ongles.
« J’adooore Pairis… Vive le France ! »
Ça, c’était pour le cliché exotique « Maman-est-Martiniquaise-Papa-est-Anglais ». En off, son accent est chti et sa conversation, aussi passionnante qu’un jour de pluie. Au fond, Rosy me fait de la peine. C’est tellement évident qu’elle va se vautrer que c’en est triste.
La reporter s’impatiente.
« Allez, allez, aux suivants ! Tiens, Vanina et son p’tit mec, là… »
Son p’tit mec ? Quelle conne ! Heureusement pour elle, je suis
un grand calme de nature.
« Alors, Paris, c’est comment ? » assène la conne en me collant son micro sous le nez.
Je reste de marbre.
« Super. »
- Mais encore ?
- J’en sais rien. On vient d’arriver.
Elle me jette un regard noir et se tourne vers Vanina.
« Paris, capitale de la mode, ville-lumière… c’est le rêve, non ? »
L’adorable Vanina fait contre mauvaise fortune bon cœur.
« Et comment ! Je suis très contente d’être ici, en plus c’est
la première fois que je viens ! On a déjà eu droit à un petit tour sympa en taxi, mais j’ai hâte d’en voir plus : la Tour Eiffel,
le Louvre, tout ça… »
Elle n’a même pas le temps de finir sa phrase. La reporter coupe le micro et s’adresse au caméraman.
« C’est bon, j’ai ce qu’il me faut. Viens, on va faire des plans
à l’intérieur du théâtre… »
Ils nous plantent là, sur le bitume parisien. Les dix-huit candidats du Nord, un peu paumés. Onze Français, six Belges et une « Anglo-Martiniquaise » qui ne tarde pas à pleurnicher.
« Oh nooo ! Mais qu’est-ce qu’on va dévénir, now ? »
Je me le demande aussi. Je me demande pourquoi je me suis embarqué dans ce casting débile. Pourquoi j’ai menti à tout
le monde, en racontant que je partais à Paris pour un boulot. Pourquoi je me fais chier ici, alors que la ville est à moi. Je suis libre. Je pourrais faire n’importe quoi. Flâner au hasard des rues. Aller sur la tombe de Jim Morrison. Me jeter dans la Seine.
Mais pourquoi je continue cette comédie, bordel ?
La réponse est peut-être dans les grands yeux bleus de Vanina.
17:50 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note



Commentaires
Mais t'es qui toi ?
Ecrit par : Opium | 28.06.2007
Moi j'm'en fous, je regarde pas ces conneries là alors...
C'est sur qu'aller sur la tombe de jim Morrison, c'est carrément anarchiste (comme le ton de ta note).
Allez quoi, t'as l'air sympa, pourquoi tu parles de ça si tu penses que c'est une comédie?
Bean.
Ecrit par : nharicot | 29.06.2007
Ah oué ok d'accord ;)
Ecrit par : nharicot | 29.06.2007
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